07 mars 08
Pipelines (Etgar Keret)
Le salon du livre de Paris invite Israël, pays qui démontre une vitalité littéraire étonnante.
C'est l'occasion rêvée de vous faire partager un coup de foudre littéraire qui s'est transformé en amour durable : Etgar Keret, jeune prodige qui a déboulé dans les lettres israéliennes au début des années 90.
En quelques livres condensés, nerveux, rapides, haletants, proches du surréalisme et politiquement incorrects qui ont fait sensation et marqué les esprits (Crise d'asthme, La colo de Kneller, Un homme sans tête et autres nouvelles), Etgar Keret s'est hissé au rang d'écrivain "le plus doué de sa génération". Titre que je lui accorde bien volontiers.
Actes Sud publie son tout premier livre "Pipelines" que le Figaro littéraire nous décrit de la sorte :
Paru en Israël en 1992, Pipelines est le premier livre d'Etgar Keret, né à Tel-Aviv en 1967. La plupart des cinquante textes courts qu'il contient ont été écrits durant son service militaire obligatoire. Tout Keret est déjà là. Cette fulgurance dans le style, ce sens de l'image, des dialogues. On a vu chez lui l'influence indéniable d'un Kafka dans les bifurcations du réel, les métamorphoses d'êtres en bêtes, les disparitions soudaines. Keret s'amuse à bousculer les certitudes, à renverser les rôles. La folie douce habite ses personnages. Un écrivain aigri décide d'éliminer ses concurrents. Dans Berlin sous les bombes, deux copains abattent un Hitler sans moustache. Et puis, surgissent des lapins, des nains, des autobus vivants…
Keret excelle aussi dans les scènes de groupe, en général à l'armée, réduction saisissante d'une société israélienne pas seulement dure avec les Arabes mais aussi avec ses propres fils. La violence quotidienne est omniprésente. Le racisme aussi. Contrebalancé par l'humour, souvent noir, de l'écrivain. Le suicide est un autre thème « keretien ». Qu'on retrouve dans Pizzeria Kamikaze (Actes Sud), belle adaptation graphique de La Colo de Kneller.
Enfin, la poésie, qui irradie le film de Keret, Les Méduses (Caméra d'or à Cannes en 2007), est présente dans chaque histoire d'enfance. « Le temps qui dort est d'une beauté saisissante », dit un gamin apaisé par les chants de sa mère. Ailleurs, un ado craintif, à qui le frère aîné offre une prostituée, se retrouve sur une plage, à attendre : « Je suis resté cloué sur place. La mer était soudain bruyante et nerveuse, j'avais peur qu'elle m'avale. »
Je vous conseille Etgar Keret. Il fait partie de mes écrivains actuels préférés (et Dieu sait qu'ils ne sont pas légion).
Le supplément littéraire du Figaro et de Libération consacré à la littérature israélienne.
Etgar Keret
Commentaires
L'air idiote.
Moi qui ne regarde jamais la télévision, j'ai allumé le petit écran familial, il y a à peine une heure. J'ai voulu tester, "pour voir", ce que font tous les gens de mon âge en rentrant du lycée et n'ai même pas pris le soin de choisir une chaîne: je suis tombée sur France 3. C'était l'émission "1 livre 1 jour" consacrée en ce jour à Etgar Keret et notamment à "Pipelines". Le présentateur a lu un extrait. J'ai ri. Seule. Avachie sur mon canapé. J'ai ri, la lumière bleuâtre me brûlant la rétine.
Merci télé, de nous abrutir à long terme, mais merci aussi de nous faire découvrir des auteurs comme celui-là!
J'ai envie de dire une phrase pour conclure sur "Pipelines", qui est d'habitude utilisée pour le dernier T-shirt Diesel par les gens de mon âge: "il me le faut".