François Sagan

Des livres de poche

12 juin 08

Les romancières anglaises - #3 Emily Brontë

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"Les hauts de Hurlevent" (ou "Hurlevent") occupe, dans la littérature anglaise du XIXe siècle, une place tout à fait à part. Ses personnages ne ressemblent en rien à ceux qui sortent de la boîte de poupées à laquelle, selon Stevenson, les auteurs anglais de l’ère victorienne, « muselés comme des chiens », étaient condamnés à emprunter les héros de leurs récits.

Ce livre est l’œuvre d’une jeune fille qui n’avait pas encore atteint sa trentième année quand elle le composa et dont c’était, à l’exception de quelques pièces en vers, la première œuvre littéraire. Elle ne connaissait guère le monde, ayant toujours vécu au fond d’une province reculée et dans une réclusion presque absolue. Fille d’un pasteur irlandais et d’une mère anglaise qu’elle perdit en bas âge, sa courte vie s’écoula presque entière dans un village du Yorkshire, avec ses deux sœurs et un frère, triste sire qui s’enivrait régulièrement tous les soirs.

Les trois sœurs Brontë trouvèrent dans la littérature un adoucissement à la rigueur d’une existence toujours austère et souvent très pénible. Après avoir publié un recueil de vers en commun, sans grand succès, elles s’essayèrent au roman. Tandis que Charlotte composait Jane Eyre, qui obtenait rapidement la faveur du public, Emily écrivait Wuthering Heights, qu’elle parvint, non sans peine, à faire éditer, sous le pseudonyme d’Ellis Bell, vers la fin de 1847, un an à peine avant sa mort (19 décembre 1848).

Cette œuvre, âpre et rude comme la contrée qui l’a inspirée, choqua les lecteurs anglais de l’époque par la dureté des peintures morales, la noirceur des personnages et des situations ainsi que le dédain des conventions alors généralement admises dans le roman d’outre-Manche. Elle ne fut pas appréciée à sa valeur ; on ne devait lui rendre justice que plus tard.

Pour Georges Bataille, il s'agit de « peut-être la plus belle, la plus profondément violente des histoires d'amour..." Car le destin, qui, selon l'apparence, voulut qu'Emily Brontë, encore qu'elle fût belle, ignorât l'amour absolument, voulut aussi qu'elle eût de la passion une connaissance angoissée : cette connaissance qui ne lie pas seulement l'amour à la clarté, mais à la violence et à la mort ».

Pour François Sagan, il s'agit d'un des plus beaux romans sur les effets dévastateurs de la passion amoureuse. Un des livres qu'il emmènerait certainement sur une île déserte ou sur Mars.

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