François Sagan

Des livres de poche

30 juin 08

Réédition des romans de Françoise Sagan - #1 - Les merveilleux nuages

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Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages!
(Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose)

Josée a épousé Alan, un jeune Américain, oisif et pervers, d’une jalousie maladive. Ils vivent en vase clos en Floride, entre farniente, virées en bateau et soirées arrosées. Alan lui fait croire qu'elle est tout pour lui et que sans elle, il mourrait. Josée étouffe. Elle fuit en France où bien évidemment, Alan la rejoint sans tarder.

« Elle se souvint brusquement de son voyage retour de New York. Partie à midi, elle était arrivée six heures plus tard à Paris, où il était minuit. Elle avait vu en une période d’une demi-heure le soleil éblouissant du matin se baisser, devenir rouge, disparaître tandis que les ombres du soir semblaient se lancer à l’assaut de l’appareil, défilaient en nuages bleus, mauves et enfin noirs sous les hublots et d’un coup elle était rentrée dans la nuit. Elle avait éprouvé un curieux désir alors, celui de se baigner dans cette mer de nuages, ce mélange d’air, d’eau et de vent qu’elle imaginait sur sa peau, léger et doux, enveloppant comme certains souvenirs d’enfance. Il y avait quelque chose d’incroyable dans ces paysages du ciel, quelque chose qui réduisait votre vie à un rêve idiot « empli de bruit et de fureur », rêve accompli aux dépens de cette sérénité poétique qui comblait les yeux et aurait dû être la vraie vie. Seule, être seule sur une plage, étendue, laissant passer le temps, comme elle l’entendait passer en ce moment dans cette pièce déserte que l’aube hésitait à découvrir. Echapper à la vie, à ce que les autres appelaient la vie, échapper aux sentiments, à ses propres qualités, à ses propres défauts, être seulement une respiration provisoire sur la millionième partie d’un des milliards de galaxies. Elle s’étira, fit craquer ses bras, s’immobilisa. Combien de fois Alan ou Bernard ou Laura avaient-ils éprouvé ce sentiment incommunicable, combien de fois avaient-ils essayé de le traduire par des mots qui le défiguraient aussitôt ? Ces frêles assemblages d’os, de sang et de poussière grise qui s’arrachaient entre eux des petites souffrances, des petites joies avant de disparaître…, elle sourit. Elle savait bien qu’il ne servirait à rien de confronter les problèmes de leur vie à un infini plus sage. Le jour allait se lever, criard, avide de gestes et de paroles. »

Un roman sur la passion destructrice et les dérives de la jalousie.

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Posté par sagan à 01:15 PM - Commentaires [0] - Permalien [#]


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